Quel que soit le système de culture, l’effet principal attendu de l’utilisation du compost est l’entretien de la teneur en matière organique (MO) des sols.

De plus, selon les matières premières entrantes, certains éléments fertilisants sont présents en quantités non négligeables dans certains composts.

Mais au-delà de ces critères agronomiques, la dose finale doit également être ajustée en fonction des critères d’innocuité du compost, de manière à limiter l’accumulation de certains éléments traces métalliques (ETM) ou composées traces organiques (CTO) dans les sols agricoles.

Adaptation aux usages

L’utilisation du compost en agriculture

Le client principal du compost en région Provence-Alpes-Côte d’Azur est le milieu agricole, avec environ 120 000 tonnes épandues chaque année (plus de 60 % de la production totale de composts). Si l’on considère que 10 tonnes est la quantité minimale de compost épandu par hectare, on peut estimer à 12 000 hectares la surface agricole recevant des composts chaque année. Cette surface représente seulement 4 % des 300 000 hectares de terres cultivées de la région (les prairies et les surfaces toujours en herbe ne sont pas comptées). Le potentiel de valorisation du compost agricole est donc très important en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

L’effet principal attendu de l’utilisation du compost dans le domaine agricole est l’entretien de la teneur en matière organique (MO) des sols, quel que soit le système de cultures. De plus, selon les matières premières entrantes, certains éléments fertilisants sont présents en quantités non négligeables dans certains composts. C’est par exemple le cas du phosphore dans le compost de boues d’épuration. Les teneurs en éléments fertilisants du compost servent alors à déterminer la dose maximale d’apport.

Grande disponibilité du phosphore et du potassium, faible disponibilité de l’azote

Pour estimer la valeur fertilisante du compost (ou d’autres amendements organiques), il est d’usage de le comparer aux engrais minéraux et de proposer des « équivalences-engrais ». Concernant le phosphore et le potassium, on estime des équivalences de l’ordre de 100 %, ce qui signifie que l’ensemble du phosphore et du potassium présents dans le compost est disponible pour les cultures comme le serait des engrais phosphatés ou potassiques.

Pour l’azote cette « équivalence-engrais » est beaucoup plus faible. Elle est comprise en général dans une fourchette moyenne allant de 0 à 30 %.

Une exigence de plus en plus marquée pour du compost de qualité

Sur la base des critères d’innocuité du compost, certaines filières agricoles ou groupes d’agriculteurs, en dépit de la réglementation en vigueur, préfèrent soit adopter un principe de précaution en refusant l’utilisation de certains produits organiques, soit mettre en place une démarche permettant de garantir des critères d’innocuité plus stricts que la réglementation générale.

Ainsi il arrive que des coopératives de production interdisent à leurs adhérents d’utiliser certains composts. De même en agriculture biologique, quelles que soient les productions, le compost issus du traitement des boues d’épuration ou le compost issu de TMB (traitement mécano-biologique) n’est pas autorisé.

Les usages non agricoles du compost

Même si quantitativement il s’agit d’exutoires plus modestes, l’utilisation du compost dans d’autres secteurs d’activités que l’agriculture est important, notamment en termes d’image et d’économie, car c’est l’ensemble de la collectivité qui est directement concerné.

L’utilisation du compost par les particuliers

Certaines plateformes commercialisent une partie de leur compost directement auprès des particuliers. Même si les quantités concernées sont minimes, c’est une façon efficace de sensibiliser la population au recyclage de leurs déchets organiques.

La végétalisation et la reconstitution de sols

C’est un débouché qui peut localement concerner des quantités importantes de composts. C’est aussi un secteur d’activité novateur où il s’agit plus de « créer » un sol que d’y « retourner » de la matière organique. Citons comme exemples la création et l’entretien des pistes de ski, la végétalisation d’anciennes carrières ou friches industrielles, la végétalisation des talus de voies autoroutières ou ferroviaires. Il a été relevé un manque d’encadrement réglementaire pour ce type de retour au sol, les quantités ponctuellement apportées en une seule fois, nécessaires pour être efficaces, étant souvent incompatibles avec les seuils de la réglementation (celle-ci ayant été construite pour un retour au sol dans le milieu agricole).

Les espaces verts privés ou de collectivités

L’entretien des espaces verts est une activité traditionnelle d’utilisation de composts, intéressante dans le sens où il s’agit souvent d’un recyclage direct au sein d’une même structure (par exemple utilisation par le service espace vert d’une collectivité, d’un compost produit en régie par la même collectivité).

Doses d’apport

Les doses d’apport doivent prendre en compte, d’une part le sol récepteur, d’autre part le système de culture concerné. C’est essentiellement la teneur en matière organique (MO) du sol qui sert à calculer la quantité de MO pouvant être apportée par tel ou tel compost. Le système de culture intervient dans ce calcul, par les restitutions plus ou moins importantes en matière organique des résidus de culture associés. Il intervient aussi vis-à-vis des besoins en éléments fertilisants nécessaires à la culture, présents en plus ou moins grandes quantités dans le compost (N, P, K).

Enfin au-delà de ces critères agronomiques, la dose finale doit être ajustée en fonction des critères d’innocuité du compost, de manière à limiter l’accumulation de certains éléments traces métalliques (ETM) ou composées traces organiques (CTO) dans les sols agricoles.

Principe de calcul

L’entretien de la teneur en matière organique

Bien que l’apport de compost s’insère dans un système de culture donné, c’est avant tout un effet à long terme sur les propriétés du sol qui est recherché, en lien principalement avec la teneur en matière organique du sol. Pour calculer les quantités nécessaires de matières organiques à apporter, il faut pouvoir estimer les pertes annuelles de MO du sol considéré.

Ces pertes sont fonction de la température annuelle moyenne du site, des teneurs en argile et en calcaire du sol. Ces trois paramètres permettent de calculer un coefficient, appelé « K2 », qui donne le pourcentage de matière organique minéralisée dans ces conditions dans l’année. Une fois que ce K2 est connu et que la masse de sol concernée est estimée, on obtient le tonnage de matière organique perdue chaque année dans ces conditions.

L’étape suivante nécessite de connaître la teneur en matière organique du compost, et d’estimer la quantité de cette MO qui restera dans le sol à long terme (au-delà d’un an).

Un exemple de calcul détaillé est donné dans le chapitre 8 du guide des matières organiques de la Chambre Régionale d’Agriculture de Languedoc Roussillon

L’apport d’éléments fertilisants

Ce sont essentiellement les teneurs en phosphore et en potassium qui sont à prendre en compte dans le calcul des doses d’apport des composts, car pour ces deux éléments l’équivalence-engrais est de l’ordre de 100 %. Pour des raisons agronomiques (déséquilibres entre éléments minéraux dans le sol) ou environnementales (risque d’eutrophisation des cours d’eau par apport massif de phosphore par exemple), il est important de veiller à éviter tout apport massif de compost qui serait riche en l’un de ces éléments.

C’est le cas notamment du compost de boue pour le phosphore, ou du compost de marcs de raisin pour le potassium.

Le respect des critères d’innocuité

Il faut ensuite veiller au respect des critères d’innocuité dans le calcul des doses maximales. La réglementation impose des limites cumulées d’apport en éléments traces métalliques (ETM) et en composés traces organiques (CTO), pour chaque apport de compost et sur des périodes de 10 ans. Il convient donc de calculer, sur la base des données analytiques de chaque lot de compost, quelle est la dose maximale à ne pas dépasser pour respecter ces limites réglementaires.

En considérant des valeurs en ETM couramment rencontrées sur le terrain, les doses maximales moyennes sont données dans le tableau ci-dessous à titre indicatif :

Type de compost Dose maximale par apport (t/ha) Dose maximale sur 10 ans (t/ha)
Compost vert 50 250 (soit 25 t/ha/an)
Compost de boues 15 50 (soit 5 t/ha/an)
Compost de FFOM 20 100 (soit 10 t/ha/an)
Compost de biodéchets 30 150 (soit 15 t/ha/an)

Les fiches de calcul

Dans le cadre de la Mission d’Animation de la Filière Compostage en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, 4 fiches ont été réalisées. Elles permettent de calculer les doses et les fréquences d’apports concernant :

Document(s)

Les composts utilisables en agriculture biologique – Mission régionale d’accompagnement

Annexe 6 du Guide de lecture RCE-BIO – Mission régionale d’accompagnement

Fiches matières organiques, Chambre régionale d’agriculture PACA, www.chambre-agriculturepaca.fr

Guide des Produits Organiques utilisables en Languedoc-Roussillon, Chambre Régionale d’agriculture Languedoc Roussillon, www.languedocroussillon.chambagri.fr