La maîtrise de la qualité des déchets qui entrent dans la filière de compostage est une condition clé pour garantir la qualité du compost. En effet, les déchets intrants sont bien les « matières premières » de cette filière de production d’amendements organiques.

Du fait de la traçabilité imposée aux exploitations de compostage, lorsqu’un lot de compost n’est pas conforme à la qualité attendue, il est possible de remonter le long du processus de compostage jusqu’à l’échantillon de départ des déchets admis. D’autre part, lors de la première admission d’un déchet, l’exploitant de l’installation de compostage demande au producteur de déchets les informations relatives au cahier des charges d’admission des déchets sur son installation : nature, origine, qualité, etc. ; cette information préalable est renouvelée tous les ans.

Les déchets organiques compostables

Ces déchets doivent présenter un intérêt pour les sols et les plantes, ou pour le bon déroulement du processus de compostage.

Ils sont issus de différents secteurs d’activité : l’agriculture et la sylviculture, le secteur public – dont les déchets sont appelés « déchets municipaux » et le secteur industriel.
Les catégories de déchets organiques entrants dans la filière de compostage sont variées :

  • les sous-produits agricoles végétaux
  • les sous-produits agricoles animaux (effluents d’élevage par exemple) de la catégorie 2 fixée par la réglementation relative aux sous-produits d’animaux non destinés à la consommation humaine
  • les déchets de bois
  • les déchets verts des ménages, des collectivités et des entreprises
  • les boues des stations d’épuration urbaines et industrielles à condition qu’elles respectent les valeurs limites de l’annexe I de l’arrêté du 8 janvier 1998
  • les biodéchets des « gros producteurs » : des industries agricoles et alimentaires, du commerce et de la distribution, de la restauration collective…
  • les déchets de cuisine et de jardin des ménages
  • la fraction fermentescible des ordures ménagères

Les conséquences sur la qualité de la filière compostage

Effet de concentration du compost

Le procédé de compostage provoque une perte de volume de 70 % entre les déchets intrants et le produit fini, du fait de la dégradation de la matière organique. Ainsi, si le compostage permet d’hygiéniser les matières, grâce à la montée en température, il ne permet pas la dégradation de certains polluants, notamment les métaux lourds, qui au contraire se concentrent dans le compost. La qualité des matières organiques d’origine est primordiale pour garantir la qualité du compost.

Effet de contamination du compost

Certains polluants en forte concentration dans certains déchets peuvent contaminer tout un lot après mélange avec d’autres intrants « sains ».

Non-conformité du compost

Au final, le compost produit à partir d’intrants présentant des teneurs en polluants et indésirables supérieures aux seuils définis par les normes de commercialisation va être classé « non conforme », et l’exploitant de l’installation de compostage ne pourra le valoriser.

Critères d’acceptabilité

D’un point de vue réglementaire, les critères d’acceptabilité des déchets dans la filière de compostage concernent uniquement les MIATE (Matières d’Intérêt Agronomique, issues du Traitement des Eaux).

Le cas des boues

Les arrêtés définissant les prescriptions applicables aux installations classées de compostage imposent des analyses sur les boues entrant sur la plateforme portant sur :

La responsabilité de respect de ses seuils est portée par les professionnels intervenants dans le domaine des eaux usées (exploitants de réseaux, de station d’épuration, entreprises de vidange …).

L’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse a établi des seuils indicateurs en éléments traces métalliques qui correspondent à la concentration maximale à ne pas dépasser dans les boues pour parvenir à produire du compost normé NF U 44-095. En effet, les teneurs à respecter pour le compost normé sont difficiles à atteindre, notamment concernant le cuivre et de zinc, alors même que les boues respectent les seuils réglementaires.

Les autres déchets

Concernant les autres catégories de déchets entrant dans la filière compostage, les analyses sont réalisées avant la mise sur le marché, et font référence aux seuils fixés par les normes d’application obligatoire pour valoriser le compost comme matière fertilisante. Cependant, toute non conformité du déchet intrant peut mettre à mal la conformité du compost.

Les paramètres de référence

On peut définir les critères d’acceptabilité des intrants dans la filière compostage en lien direct avec les paramètres de référence dont les teneurs maximales sont définies dans les normes :

  • Les éléments traces métalliques : As, Cd, Cr, Cu, Hg, Ni, Pb, Se, Zn.
  • Les paramètres microbiologiques : œufs d’helminthes viables, salmonelles, lysteria monocytogène (pour les composts de boues uniquement).
  • Les composés traces organiques : HAP (fluoranthène, benzo(b)fluoranthère, benzo(a)pyrène)
  • Les inertes et impuretés : films plastiques, PSE (polystyrène expansé), autres plastiques, verre, métaux.

Traçabilité

Le principe de traçabilité repose sur la gestion et le suivi des matières par lots du déchet au produit. Les informations sont consignées dans différents registres, depuis la prise en charge des matières jusqu’à la commercialisation du compost.

Registre des Entrées

Toutes les informations relatives aux déchets sont consignées :

  • date d’admission sur la plateforme,
  • nature et code déchets,
  • masse,
  • identité et coordonnées de l’expéditeur,
  • le cas échéant : motif du refus et destination des matières refusées,
    certaines informations relatives aux boues comme les résultats des analyses conservés pendant 10 ans.

Ensuite, plusieurs documents conservent les informations de suivi de conduite du process :

Document de suivi par lot

L’exploitant instaure une gestion par lots séparés dont il précise l’organisation dans son dossier d’enregistrement.

Les informations et les opérations de compostage suivies sont notifiées et conservées dans un document de suivi par lot qui comporte : la nature et l’origine des déchets constitutifs du lot, les informations sur le suivi du process (température, humidité, aérations, arrosages, durée des phases de fermentation et de maturation), et les résultats des analyses nécessaires à la démonstration de la conformité du lot de compost.

Registre des sorties

Pour la mise sur le marché du compost, ce document indique notamment :

Ces informations sont conservées pendant 10 ans.

Document(s)

Support d’intervention de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, L. Bour – Journée « Maîtrise de la qualité des boues dans la filière compostage », 18 octobre 2011

Lien(s) utile(s)

Connaissance du compost – compostage-paca.fr

Maîtrise du procédé – compostage-paca.fr

L’expertise ADEME en matière de déchets – Agence de la Maitrise de l’Energie et de l’Environnement, www.ademe.fr

La gestion des boues urbaines, Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, www.eaurmc.fr